vendredi, mai 23

"Black Sheep" de jonathan King


Deux ans après les veaux irlando-mutants de Isolation, les OGM et le clonage reviennent sur nos écrans du côté de la Nouvelle-Zélande avec le premier film de Jonathan King, où des moutons enragés s'attaquent à un village. De l'humour, du gore : culte, vous avez dit?

Le concept premier de Jonathan King était alléchant : récupérer les poncifs et les images d'Epinal de son petit archipel qu'est la Nouvelle-Zélande, et les détourner au profit d'un film de genre. Chose faite, de manière plutôt réussie, en transformant des moutons stupides (pléonasme?) en bêtes assoiffées de sang, le tout dans le cadre bucolique des paysages larges et vallonnés auxquels on s'était fait depuis la trilogie du Seigneur des Anneaux. Le deuxième concept de Jonathan King était également alléchant : retourner aux sources d'un cinéma de genre désormais quelque peu moribond et réaliste au plus haut degré, pour le plus grand bonheur d'adolescents en manque de sensations fortes. On est loin des franchises Saw ou Hostel, puisque Black Sheep arpente les sillons déjà bien creusés de l'humour allié à l'horreur par les désormais réalisateurs "classiques" que sont Peter Jackson et Sam Raimi. Sauf qu'il n'en est rien, et là est le problème de ce métrage trop vite proclamé "film culte" à tort et à travers.

L'humour est là, certes, les dialogues font mouche et les situations aussi, alors que les effets spéciaux de Weta Workshop et les effusions de sang sont particulièrement efficaces. Le problème est que le film en lui-même n'est pas un film culte, au mieux un film d'horreur de bonne facture, mais qui ne fait pas avancer le schmilblick. On l'a propulsé, via Internet, au rang de film culte à armes égales avec Bad Taste et autres Evil Dead : mais encore une fois, ce media montre ses limites à la communication et sa propension à développer un mensonger bouche-à-oreille, à qui l'on doit d'ailleurs sûrement la sortie tardive (un an plus tard) de Black Sheep sur nos écrans. Fait étonnant également, c'est la volonté de la part du réalisateur de faire du "faux cheap". On sent très bien que Monsieur King voulait rendre une copie un peu crasseuse mais pas trop, enrobé d'un peu d'efficacité, rendant ainsi hommage à ses maîtres. Sauf que le budget est là, et l'ambition avec, lorsque l'on voit des plans à la grue notamment. Le réalisateur semble avoir trop vite oublié que des mythes du cinéma gore tels qu'Evil Dead ou Bad Taste ont connu des tournages à géométrie variable, espacés sur plusieurs années, et menés à bout de bras par des aficionados partis de rien, amoureux de ce cinéma si particulier. D'autant plus que Black Sheep n'est pas un film à référence, comme le voudrait tout bon "film culte" : le pastiche, la reprise fine et feintée font le charme d'un "film culte". Pas une resucée complète... La référence doit être évoquée, légère, estompée, on ne doit pas la sentir arriver avec ses gros sabots. Un mouton qui explose à la roquette, c'est obligatoirement Bad Taste. Une chute dans un charnier, c'est The Descent ou Jeepers Creepers. On le sent dès la première seconde dans ce film cachant à peine ses motivations, surfant sur l'air du temps et la nostalgie du film d'horreur et du buddy-movie.

Il est clair que le seul coupable de ce film, qui aurait pu être une véritable réussite s'il ne s'était pas pris pour ce qu'il n'est pas, est le réalisateur et scénariste Jonathan King. Quand on connaît le parcours du jeune homme, on peut se poser la question de savoir comment il en est arrivé là : ancien directeur artistique du NME local, Rip It Up, puis publicitaire, Jonathan King ne passe pas pour un amoureux du genre, mais plutôt pour un parvenu. On a pu voir par le passé des publicitaires réussir dans le cinéma, avec leur style propre comme Dayton & Farris avec Little Miss Sunshine, notamment. Mais pour se tailler une réputation dans le cercle fermé du cinéma, rien de plus dangereux que de s'attaquer à un genre ultra codifié et marginal tel que le cinéma d'horreur. Surtout lorsqu'on choisit ces thèmes désormais surannés et faussement contestataires que sont les OGM et le clonage. Isolation en avait fait un film sans prétention, respectueux et réussi. Black Sheep, lui, a voulu trop bien faire semblerait-il... Rien d'étonnant donc, à voir Black Sheep comme une oeuvre particulièrement impersonnelle, quasi produit de consommation dont les attributs surfaciers (l'humour et le sang) ne parviennent pas à masquer le flagrant manque de maîtrise et de respect d'un genre épineux.

Black Sheep
De Jonathan King
Avec Nathan Meister, Peter Feeney et Tammy Davis


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