
On aura beau épiloguer sur le statut de Michel Gondry, il est indéniable qu'il s'agit là, et pardon pour la comparaison résolument scabreuse, d'une sorte de Mc Gyver de l'art et du divertissement, adepte de bric et de brocs terriblement efficaces. Mc Gyver étant américain, il sauvera le monde. Michel Gondry, tout bon français qu'il est, se contentera de réaliser des films de bonne facture. Et c'est le cas avec son nouveau film, Be Kind, Rewind! (à la traduction française démoralisante et que l'on passera sous silence). Au départ, un concept délirant; au final, une véritable réflexion sur l'objet filmique avec, sur le trajet, quelques embardées approximatives.
L'histoire, somme toute invraisemblable (mais nous sommes chez Gondry on se permet donc tout), peut en laisser quelques-uns sur le carreau, mais force est de constater qu'il s'agit d'une bonne base de départ à partir de laquelle Gondry s'en donne à coeur joie pour nous démontrer toute l'étendue de ses talents de bricolo-illusioniste du cinéma. Pour faire dans les grandes lignes (le scénario fourmille de bonnes idées), Jack Black devient magnétique à la suite d'une malencontreuse péripétie, et efface toutes les cassettes du vidéo-club dans lequel bosse son pote Mos Def. Au lieu de racheter les VHS, ils décident de re-tourner les films à leur façon, avec leurs souvenirs partiels et la BetaCam de papa. Des "films suédés", ça s'appelle... On ressent là toute l'essence du génie foisonnant de notre si patriote Michel Gondry, amateur de ces petites trouvailles qui rappelle l'époque bénie du pionnier George Méliès, empreinte d'une modernité et d'une cinéphilie sous-jacentes. De même que son passé d'illustre clipeur. Le seul léger problème réside dans le fait qu'en continuant sur cette piste, qui a certes fait sa force, il risque de devenir le filmmaker ludique du début du 21ème siècle americano-divertissant. La Science des Rêves, son précédent et décevant film, en est la preuve formelle : trop d'effets visuels et plastiques tuent la quintessence du film. "Regardez ce que je sais penser! C'est inventif, non?"
Piège dont s'extirpe finalement bien Michel Gondry pour cette fois-ci (mais ce sera la dernière!) malgré des faiblesses de scénario résidant dans une série de faux-départs dramaturgiques, dans le ventre mou du film. Il s'en extirpe, donc, par le biais d'une méthode qui lui donnera sûrement par la suite une hâtive caution "auteur" au pays de Mickey, éculée mais efficace : la réflexion sur son art. Car oui, là est le fin mot de Be Kind, Rewind! Quel perception avons-nous du cinéma, spectateurs lambda qui ne sommes pas rompus aux affres de cet art si périlleux? Souvenirs entremêlés. Nostalgie embrouillée. En proie à l'illusion coutumière du septième art dans lequel on se jette à corps perdu sans jamais se retourner, juste histoire de rêver l'espace de deux heures.Méliès est apparu plus haut, il apparaîtra à nouveau ici, en surimpression comme il aimait tant : l'inventeur des effets spéciaux (toujours d'actualité malgré les rudiments du début du cinématographe) et de l'onirisme au cinéma a tout donné à Michel Gondry, et ce dernier a su le réexploiter dans sa forme la plus contemporaine qui soit. Soit la disparition de notre bonne vieille VHS face au cannibale DVD, une extrapolation en petit format du génocide pelliculaire par le numérique. Les moments bucoliques que l'on accorde à un passé commun avec un film, une cassette rembobinée maintes et maintes fois, filandreuse par trop de lectures; rembobinée parce que sans chapitrage. Ces films que l'on voyait avec des fils gros comme le doigt et des mécaniques vétustes et fumantes, tellement plus charmants que des murs bleus repeints de pixels et de 3D.
Là ou le film réussit à nous embobiner également, c'est par la complémentarité de son duo d'attaque Jack Black-Mos Def et sa faculté à nous faire rire (nous passerons outre les performances de Danny Glover et Mia Farrow, leur réputation n'est plus à faire). Deux gosses qui se chamaillent comme si leur enfance n'avait jamais cessée. Se disputant les rôles à jouer dans leurs films. Le film démarre d'ailleurs véritablement sur une bêtise de gamin (les cassettes effacées) qui dégénère par une cachotterie de gamin (le film "suédé") et s'enfonce dans un amusement mensonger.Jack Black a rangé son costume de post-ado cabotin et rockeur patenté pour laisser la place à une justesse certaine, sûrement due à la parodie de Black l'acteur face à Black le personnage, facétieux et loufoque, diva paranoïaque du New Jersey. Mais la prouesse du film, c'est d'avoir rendu Mos Def crédible, voir... véritable acteur. Oublié, le 16 Blocs affligeant avec un Bruce Willis moustachu et ventru : Mos Def est parfait dans le rôle de Mike, enfulte rêveur et gaffeur qui refuse de perdre ses illusions et de ne plus y croire.
Un film sur le film. Un hommage au rêve et à l'enfance comme Toys a pu l'être à son époque, un film aux accents mélancoliques pour tous les fantasques qui croient (encore) à la magie du cinéma. Ce cinéma à l'ancienne, cet artisanat transformé en art par la puissance de créateurs échevelés et de magiciens forcenés...
Be Kind, Rewind!
De Michel Gondry
Avec Mos Def, Jack Black, Danny Glover, Melonie Diaz, Mia Farrow et Sigourney Weaver (en supra guest, rien que pour toi!)
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