vendredi, mai 23

Les Leçons du Professeur Rostac : leçon n°3

Les Etats-Unis, dans son immense culte de l'entertainment, s'est toujours plu à utiliser le cinéma comme vitrine de ses positions socioculturelles, autant pour ses hôtes que pour ses voisins mondiaux.Pas étonnant, donc, de voir toutes les communautés de ce pays souvent rassemblées dans de véritables melting-pots filmiques ,ainsi que des opinions de politique extérieure à peine feintées. Comme chacun sait, chaque troupeau possède sa brebis galeuse, son vilain petit canard. Et dans le Kiss Kiss Bang Bang américano-outrancier, vous l'aurez compris, ça flingue autant que ça baise. Occultons la seconde partie grivoise de cette maxime, et posons nous la véritable question : mais pourquoi, et ce après moult revirements de situations et autres péripéties scénaristiques, l'asiatique meurt-il toujours en premier? Attention, la rédaction ne garantit pas la qualité des films évoqués...


Parce que le blanc...
Parce que le blanc, appelé également wasp (White Anglo Saxon Protestant), c'est le héros, généralement. Point barre. Compris?

Exemple : Euh... Des tonnes.






Parce que le russe...
C'est suranné, bucolique et facile. Avant la chute du communisme, voire quelques années plus tard, le russe (appelé alors soviétique) était l'ennemi préféré des producteurs américains, d'une part pour ses convictions politiques, de l'autre, pour sa propension à emmagasiner la douleur et son jansénisme qui faisait du rival rouge un grand ennemi pour la non moins grande Amérique cinématographico-justicière. On lui doit même l'un des plus grand génocides artistiques du cinéma américain, la Chasse aux Sorcières.
Après la chute du communisme et un régime libéral plus tard, le Russe est devenu le meilleur allié du cinéma américain. Il est un peu fou, légèrement ivrogne sur les bords (et même au milieu), mais il est loyal, franc et honnête, quoiqu'un peu brut de décoffrage. Vous en convenez, il ne mérite donc pas de mourir le premier.

Exemple : avant la chute du communisme, Dolph Lundgren dans Rocky IV ou Sean Connery dans A la Poursuite d'Octobre Rouge. Après la chute du communisme, Peter Stormare dans Armaggedon...


Parce que le juif...
On n'est pas à un poncif près : c'est sacré au sein du cinéma américain et on sait tous l'impact du lobbying juif sur l'industrie hollywoodienne. Le juif mourra peut-être, au milieu, vers la fin, tout dépendra du director's cut.

Exemple : Adam Goldberg dans Il Faut Sauver le Soldat Ryan


Parce que l'indien...
On lui a déjà assez donné le mauvais rôle dans les westerns. On l'a aussi assez tué par le passé, et sans effets spéciaux, quand on a bâti cette société américaine contemporaine. Le cinéma essaie donc peu à peu de redorer le blason sanguinolent d'une Amérique dévastatrice en donnant à la communauté indienne (du moins le peu qu'il en reste) des rôles importants, si tant est qu'ils servent à quelque chose. Que ce soit un personnage valeureux voire suicidaire, dur au mal bien qu'analphabète ("moi couvrir toi") ou encore la clé de la guerre du Pacifique. C'est dire le sentiment de culpabilité des américains...

Exemple : Sonny Landham dans Predator, Adam Beach dans Windtalkers...


Parce que l'européen...
C'est l'Europe, et l'Europe, ça ne concerne pas les américains.On a tout de même vu, ici et là, des méchants européens apparaître au fil des années. Des Allemands, par exemple, comme pour stigmatiser le lourd passif nazi de notre voisine teutonne, ou son appartenance d'après au régime soviétique, par le biais de la RDA. Des français aussi, ces esthètes arrogants et fourbes qu'on aime à faire taire par l'humiliation, lorsque la situation politique le permet. Comme après la prise de position de la France face à la guerre en Irak. En revanche, interdiction de toucher aux Italiens : son importante communauté de gens du cinéma couplée à un lobbying tenace permettent à l'italien d'avoir les faveurs des producteurs. Il aide parfois le héros, mais ça s'arrête là. Idem pour les Anglais : on a jamais vu une colonie s'attaquer à son colon (l'Algérie? Connais pas.) Les européens ne méritent donc pas de mourir en premier... rien que pour faire durer le plaisir.

Exemple : Alan Rickman dans Piège de Cristal, Ed Harris dans Stalingrad, Vincent Cassel dans Ocean's Twelve...


Parce que l'arabe...
Il est mauvais. Peu importe d'où il vient, d'ailleurs, puisque le cinéma américain range dans cette catégorie aussi bien les Africains du nord que les musulmans du Proche-Orient ou les habitants d'Asie Mineure. Au pire, on verra une population arabe innocente, dépassée et victimisée. Mais par qui? Les autochtones, bien sûr. De toute façon, l'Arabe c'est le méchant. Compris?

Exemple : Comme pour le blanc, beaucoup...


Parce que le chicano...
Plus enclin à vendre de la drogue, il préfère rester à la frontière, ou dans ses tréfonds bidonvillesques. Comme le chicano ou le sud-américain ne sera jamais prêt à rentrer dans le droit chemin (il a son propre american way of life, fait de délit et de dépravation), il ne sera jamais considéré comme un allié auprès du héros américain. Il restera toujours du côté des "méchants", aux allures de gangster tatoué ou de trafiquant de narcotique. Grande gueule parce que latin et sanguin, armé jusqu'aux dents parce que paranoïaque. Il en meurt par centaines dans les films américains, on ne fait donc pas attention lorsqu'ils partent en premier.

Exemple : Al Pacino dans Scarface, les Sharks de West Side Story ou les mexicains de No Country for Old Men...


Parce que le noir...
C'est tout une histoire au sein du cinéma américain! S'il y a une minorité pionnière au cinéma, c'est bien la communauté noire. Ceux qui au départ étaient joués par des blancs grimés de cirage ont fini, à force de revendication et de talent, par se faire entendre à Hollywood. Au départ simple quota à respecter (un noir pour sept blancs), l'afro-américain était amené à jouer des rôles plus que subalternes. Mais à la suite des mouvements contestataires des années 60, le noir américain a su prendre plus d'importance, voire devenir un symbole d'intégration ou, au contraire, de critique d'un système qui ne laisse que trop peu la place aux minorités. L'afro-américain est devenu ainsi le meilleur allié du héros blanc jusqu'à l'orée des années 90, venant même à lui prendre sa chère place par la suite. En effet, avec l'arrivée d'une génération de talents indéniables (dont les fers de lance sont Lawrence Fishburne, Samuel L. Jackson ou Denzel Washington, déjà bien précédés par les Sydney Poitier et autre Harry Belafonte), la communauté noire s'est affirmée comme une puissance pouvant jouer les premiers rôles au pays de l'Oncle Sam. George Romero avait propulsé les choses dès 1969, en donnant pour la première fois le rôle du héros à une personne de couleur, laissant ainsi à son oeuvre La Nuit des Morts Vivants un goût de brûlot hautement assumé et innovateur. Il va de soi que désormais, le noir ne mourra plus en premier...

Exemple : Première génération, Harry Belafonte dans Le Monde, la Chair et le Diable, Duane Jones dans La Nuit des Morts Vivants ou Sydney Poitier dans Le Lys des Champs (premier Oscar pour un homme de couleur). Deuxième génération : Lawrence Fishburne dans King of New York, Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction, Danny Glover dans L'Arme Fatale...


Donc l'asiatique...
Devant ce déchaînement de communautés "excusables", l'asiatique ne peut qu'être le représentant de la première communauté à mourir chez nos amis américains. Non las d'en faire assez fréquemment des "méchants" faciles (petits, tortionnaires, vicieux et hiérarques), il semblerait que les producteurs et scénaristes américains prennent un malin plaisir à les faire mourir de l'autre côté du manichéisme. Vous pouvez être sûrs que lorsqu'un commando ou des mercenaires s'aventurent loin de leurs contrées, l'asiatique sera le premier à passer l'arme à gauche. On peut voir là une minorité qui paie le tribut d'une guerre du Viêt-Nam toujours mal digérée par les huiles de la Maison Blanche, ainsi qu'un sentiment de supériorité latent vis-à-vis des asiatiques, séquelle d'une guerre du Pacifique remportée et qui décida de l'avenir mondial en même temps que l'hégémonie américaine... cette même supériorité latente à qui l'on doit Hiroshima, notamment.

Reste à savoir si, désormais, avec l'avènement de la Chine, les Etats-unis et son cinéma courberont l'échine et décideront donc de faire mourir... les hispaniques? Ils n'attaqueront pas, Porto Rico?

Aucun commentaire: