
Une suite "bête et méchante", dont la dégueulasserie n'est pas toujours maîtrisée, mais à qui on peut reconnaître le mérite de ne pas trop égratigner le mythe Saw, avec quelques trouvailles créatives: c'est déjà ça de pris!
Vu la productivité et le succès engrangé par la franchise Saw, on pourrait s'attendre (et ça risque d'arriver) dans deux ans à l'un des meilleurs jeux de mots que l'exploitation cinématographique française n'ait jamais connu : Saw 6. En attendant, l'année 2007 se conclue avec un Saw 4 respectueux de ses "préquelles", mais qui ne fait néanmoins pas avancer grandement le cinéma d'horreur mondial.
John Kramer, alias Jigsaw, et sa disciple Amanda sont morts. Après la découverte du cadavre de l'inspecteur Kerry, les fédéraux Strahm et Perez viennent en aide à l'inspecteur Hoffmann afin de boucler l'affaire du "Tueur au Puzzle". L'officier du SWAT Rigg est enlevé, il aura désormais 90 minutes pour s'extirper des énigmes de Jigsaw et (peut-être) sauver quelqu'un qui lui est cher, et par la même occasion, sa peau. A la suite d'un véritable bras de fer avec les money-makers de chez LionsGate et Metropolitan (qui tiennent là, il est vrai, une grandiose niche financière), les créateurs-producteurs-réalisateurs-scénaristes Bouseman, Whannell et Wan soufflent un peu, se consacrent à d'autres projets et confient leur bébé à un nouveau trio de scénaristes. Et ça se sent! Malgré la présence à la réalisation et à la production exécutive du triptyque originel, cette troisième séquelle est sûrement celle de trop, celle qui n'aurait jamais dû voir le jour, comme le souhaitait ses auteurs originels. Car, comme je le disais, Saw 4 est respectueux, certes, mais n'arrive jamais à la hauteur de ses louables prédécesseurs.
Premier point qui aurait dû faire de Saw une trilogie (et seulement ça), la mort de Jigsaw : sans Jigsaw, plus de grand méchant de l'horreur, personnifié par le blême et cancéreux John Kramer ou par la terrifiante poupée aux écarlates et tourbillonnantes joues. On tenait notre Freddy, notre Jason des années 2000. Dommage... Ensuite, on ne peut que déplorer le casting : les premiers volets nous avaient gâtés de vieilles gloires et autres seconds couteaux terriblement efficaces. Chant du cygne salvateur pour ces hommes qui donnaient tout: des excellents Danny Glover et Cary Elwes, nous sommes passés à Costas Mandylor, ersatz de Stallone capable d'une expression et demi par film, Liriq Bent, au charisme conchylicole, et Scott Paterson, pas crédible pour un sou en agent du FBI. And the last but not the least, on a droit ici à une intrigue qui dépasse l'entendement scénaristique. Le noeud est quasiment défait à la trentième minute du métrage, les séquences s'enchaînent, incohérentes, par de racoleurs raccords censés faire passer facilement la pilule de l'entertainment. On peut désormais se concentrer sur les images, bien cradingues, ce qui semble être le supposé message des créateurs de Saw 4.
Mais ce film n'a pas que des torts, loin de là! Il a ainsi le mérite de faire plus que respecter (à la limite du recopiage?) l'esthétique propre à la franchise. Une réalisation et un montage clipé, saccadés, qui donnent autant de relents vomitifs que d'images glauques d'un gore paroxystique, repoussant ainsi toujours plus loin (et pour le bonheur oculaire des aficionados) les limites de messieurs les censeurs. Ajoutez-y un infaillible travail plastique, aux tons sépia et verdâtres, renforçant ainsi une certaine idée de saleté et de dégoût qui n'aurait pas déplu à feu Jigsaw. Nonobstant une énième pirouette scénaristique et la magie du flash-back (bouée de sauvetage de l'auteur de ciné américain), on s'aperçoit subtilement au fil des minutes qui s'égrainent, et ce jusqu'à une dernière éclaboussure visuelle, que la "diégèse filmique" (le temps durant lequel se déroule l'action) est la même que celle du troisième Saw. Surprenant et inventif! Mais surtout, le film favorise des éléments complètement et étrangement occultés par les trois premiers Saw. En effet, on peut grâce à Saw 4 en apprendre plus sur John Kramer et sur, fait important, la genèse de sa sadique misanthropie. Pourquoi est-il si méchant? Pour des raisons que chacun aurait fait sienne le cas échéant et que je préfère ne pas divulguer par peur de briser un suspense bien trop fébrile dans ce film. En tout cas, Kramer a eu une vie avant de devenir le Tueur au Puzzle, maniaque irrasciblement rongé par sa tumeur et sa quête de la rédemption. Cette justification de ses actes nous rend encore plus complices, spectateurs voyeurs que nous sommes. Elle nous renvoie directement à cette morale malsaine que l'on a relativement plaisir à voir s'accomplir depuis 2004 et le premier volume Saw. Car oui, Jigsaw est paradoxalement un moralisateur! Et au détriment de kilos de viandes humaines usitées, il laissera toujours le choix à ses victimes tout en leur montrant leurs erreurs... Un boucher machiavélique, mais diablement intègre.
SAW 4
de Darren Lynn Bouseman, 2007, 1h30
Scénario de Patrick Melton, Marcus Dunstan et Thomas H.Fenton Avec Tobin Bell, Costas Mandylor, Liriq Bent, Scott Paterson et Donnie Wahlberg (oui oui, le mec des NKOTB!)
NB : On peut voir ou attendre avec impatience les autres projets de Messieurs James Wan et Leigh Whannell avec respectivement Death Sentence, vigilante burnée avec Kevin Bacon; et Dead Silence, film de marionnettes horrifiques (encore!)
John Kramer, alias Jigsaw, et sa disciple Amanda sont morts. Après la découverte du cadavre de l'inspecteur Kerry, les fédéraux Strahm et Perez viennent en aide à l'inspecteur Hoffmann afin de boucler l'affaire du "Tueur au Puzzle". L'officier du SWAT Rigg est enlevé, il aura désormais 90 minutes pour s'extirper des énigmes de Jigsaw et (peut-être) sauver quelqu'un qui lui est cher, et par la même occasion, sa peau. A la suite d'un véritable bras de fer avec les money-makers de chez LionsGate et Metropolitan (qui tiennent là, il est vrai, une grandiose niche financière), les créateurs-producteurs-réalisateurs-scénaristes Bouseman, Whannell et Wan soufflent un peu, se consacrent à d'autres projets et confient leur bébé à un nouveau trio de scénaristes. Et ça se sent! Malgré la présence à la réalisation et à la production exécutive du triptyque originel, cette troisième séquelle est sûrement celle de trop, celle qui n'aurait jamais dû voir le jour, comme le souhaitait ses auteurs originels. Car, comme je le disais, Saw 4 est respectueux, certes, mais n'arrive jamais à la hauteur de ses louables prédécesseurs.
Premier point qui aurait dû faire de Saw une trilogie (et seulement ça), la mort de Jigsaw : sans Jigsaw, plus de grand méchant de l'horreur, personnifié par le blême et cancéreux John Kramer ou par la terrifiante poupée aux écarlates et tourbillonnantes joues. On tenait notre Freddy, notre Jason des années 2000. Dommage... Ensuite, on ne peut que déplorer le casting : les premiers volets nous avaient gâtés de vieilles gloires et autres seconds couteaux terriblement efficaces. Chant du cygne salvateur pour ces hommes qui donnaient tout: des excellents Danny Glover et Cary Elwes, nous sommes passés à Costas Mandylor, ersatz de Stallone capable d'une expression et demi par film, Liriq Bent, au charisme conchylicole, et Scott Paterson, pas crédible pour un sou en agent du FBI. And the last but not the least, on a droit ici à une intrigue qui dépasse l'entendement scénaristique. Le noeud est quasiment défait à la trentième minute du métrage, les séquences s'enchaînent, incohérentes, par de racoleurs raccords censés faire passer facilement la pilule de l'entertainment. On peut désormais se concentrer sur les images, bien cradingues, ce qui semble être le supposé message des créateurs de Saw 4.
Mais ce film n'a pas que des torts, loin de là! Il a ainsi le mérite de faire plus que respecter (à la limite du recopiage?) l'esthétique propre à la franchise. Une réalisation et un montage clipé, saccadés, qui donnent autant de relents vomitifs que d'images glauques d'un gore paroxystique, repoussant ainsi toujours plus loin (et pour le bonheur oculaire des aficionados) les limites de messieurs les censeurs. Ajoutez-y un infaillible travail plastique, aux tons sépia et verdâtres, renforçant ainsi une certaine idée de saleté et de dégoût qui n'aurait pas déplu à feu Jigsaw. Nonobstant une énième pirouette scénaristique et la magie du flash-back (bouée de sauvetage de l'auteur de ciné américain), on s'aperçoit subtilement au fil des minutes qui s'égrainent, et ce jusqu'à une dernière éclaboussure visuelle, que la "diégèse filmique" (le temps durant lequel se déroule l'action) est la même que celle du troisième Saw. Surprenant et inventif! Mais surtout, le film favorise des éléments complètement et étrangement occultés par les trois premiers Saw. En effet, on peut grâce à Saw 4 en apprendre plus sur John Kramer et sur, fait important, la genèse de sa sadique misanthropie. Pourquoi est-il si méchant? Pour des raisons que chacun aurait fait sienne le cas échéant et que je préfère ne pas divulguer par peur de briser un suspense bien trop fébrile dans ce film. En tout cas, Kramer a eu une vie avant de devenir le Tueur au Puzzle, maniaque irrasciblement rongé par sa tumeur et sa quête de la rédemption. Cette justification de ses actes nous rend encore plus complices, spectateurs voyeurs que nous sommes. Elle nous renvoie directement à cette morale malsaine que l'on a relativement plaisir à voir s'accomplir depuis 2004 et le premier volume Saw. Car oui, Jigsaw est paradoxalement un moralisateur! Et au détriment de kilos de viandes humaines usitées, il laissera toujours le choix à ses victimes tout en leur montrant leurs erreurs... Un boucher machiavélique, mais diablement intègre.
SAW 4
de Darren Lynn Bouseman, 2007, 1h30
Scénario de Patrick Melton, Marcus Dunstan et Thomas H.Fenton Avec Tobin Bell, Costas Mandylor, Liriq Bent, Scott Paterson et Donnie Wahlberg (oui oui, le mec des NKOTB!)
NB : On peut voir ou attendre avec impatience les autres projets de Messieurs James Wan et Leigh Whannell avec respectivement Death Sentence, vigilante burnée avec Kevin Bacon; et Dead Silence, film de marionnettes horrifiques (encore!)
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